Nouvelles Oeuvres de Catherine Everett

     Il y a beaucoup trop longtemps que nous n’avons pas eu la chance de voir ce qui se passait dans l’atelier de Catherine Everett, à Oxford Station, en Ontario. La vie a cette étrange façon de faire son chemin, et avant même qu’on ait eu le temps de s’en apercevoir, le temps a filé par la grande porte, suivant inexorablement son cours. En ce qui concerne Catherine Everett, cette fuite du temps n’inquiète nullement : elle est une artiste complète — l’art est ancré en permanence dans tout son être. À en juger par les œuvres de cette exposition, l’attente en valait largement la peine, de toute évidence.

     Ce qui nous saisit avant tout dans les nouveaux tableaux de Catherine Everett, c’est qu’ils sont empreints de sentiment et de mouvement, mais jamais au point de devenir émotifs ou de dériver de leur nature. Et cette nature s’apparente à une sorte de terre aride abstraite. Le choix des mots pour décrire l’effet que provoquent les œuvres de Catherine Everett prend son sens à la lumière du poème La Terre vaine de T.S. Eliot. La surface de ces tableaux, la qualité du dessin, la couleur, la gamme de tons qui se déploie à l’infini et une impression générale que l’on pourrait qualifier de « ténébreuse » sont toutes superbement agencées pour évoquer un état d’esprit qui semble discerner et suivre une présence humaine à la lisière de notre perception.

     Du même souffle, ces peintures attirent le spectateur dans leur univers et créent une sorte d’intimité communicative. Peu importe à quelle échelle on les observe, ces œuvres incitent à une lecture attentive et rapprochée, comme on le ferait avec une partition musicale manuscrite. Les virages, les changements de ton, les marques de peinture et le grattage du dessin envoûtent l’œil d’une façon infiniment riche et harmonieuse. On quitte le tableau à contrecœur comme on s’éloigne d’une pièce musicale particulièrement captivante, mais avec des passages de l’œuvre imprégnés en nous qui trouvent écho dans notre mémoire visuelle.

     Catherine Everett crée depuis très longtemps des œuvres abstraites et, qu’il s’agisse de ses tableaux ou de ses sculptures, on croit chaque fois y percevoir des références indirectes à des figures, à des formes et à des êtres naturalistes confortablement installés dans les cadres abstraits qu’elle compose.

 

Donald Andrus