Points vitaux, méridiens et inversion

     La force dégagée d’une culture part souvent d’un affrontement culturel et historique. La contradiction agissant comme une levure pour générer des sommets artistiques, la nouvelle expérience de la beauté dans un environnement post-moderne doit être fortement reliée à l’existence humaine. C’est ainsi que cette expérience peut devenir une partie des règle des jeux du langage. La société post-moderne ayant subie des évolutions constantes, les peintures actuelles ne jouent plus le rôle de critique de la beauté, rôle joué par les peintures d’autrefois. Différenciation et affrontement des civilisations, fusion et conquête des cultures, légalisation de la logique de l’absurde, … telles sont les caractéristiques du monde dans lequel nous vivons.

     La découverte de ces caractéristiques est un phénomène de la peinture post-moderne, quiimprègne le mouvement artistique chinois contemporain utilisant le langage et les jeux artistiques. En peinture, de nombreuses œuvres décrivent les affrontements extraordinaires de l’absurdité, de l’illogisme, de l’impertinence et de la vulgarité dans l’ère moderne et dans l’historie culturelle chinoise. Les caractéristiques de la beauté présentées ici nous donnent tranquillement une autre lecture de la nouvelle culture.

     Comme peintre, Jianbing Nie est un réalisateur et innovateur de cette culture. Utilisant des techniques de peinture parfaites, il ajoute sans cesse, dans le dessin traditionnel ou dans les images largement acceptées, les points vitaux de l’ancienne acupuncture chinoise. Il décore les œuvres des autres en utilisant des mots et des points mystérieux. Cette approche extraordinaire et singulière lui a permis de montrer les contradictions inconciliables tout autant que l’union inévitable entre la Chine et l’Occident, la science et la superstition, le moderne et l’ancien, la subjectivité et l’objectivité, le soi et le monde. Dans ses peintures, d’un coup de maître, il fait émerger les incohérences et les contrastes absurdes. Cette orientation visuelle fait réfléchir les visiteurs sur les valeurs humanitaires. Elle rend aussi à ces œuvres un certain charme caché derrière cette culture lointaine et sa cassure historique.

     La nouvelle série de peintures «méridiens» de Jianbing Nie, immigré récemment à Montréal après avoir longtemps vécu et œuvres en France, sera exposée à la galerie Han Art à partir du 25 mai. Il y expose 20 nouvelles œuvres, dont le sujet varie des portraits de membres de la famille impériale Qing, d’images religieuses célèbres de la Renaissance, jusqu’aux portraits politiques contemporains chinois ou occidentaux. Par ses touches magiques et les points vitaux d’acupuncture sur les visages, il épouse ces deux éléments opposés, à première vue non conciliables et donne ainsi à ses peintures une extension dramatique vers le mystère et l’insaisissable. Cette combinaison des deux éléments forme son langage artistique et ses jeux uniques. L’absurdité est poussée à l’extrême.

     Comme tout artiste faisant partie du mouvement artistique moderne chinois de cette génération, Nie a profondément senti l’urgence du changement. Mais la recherche sans cesse de la beauté n’a pas surmonté la contradiction culturelle et le questionnement du soi. Ce sont cette liaison et cet affrontement qui justifient la nécessité et la faisabilité desœuvres propres à Nie dans un monde artistique aussi mystérieux.

 

Andrew Lui