Reconnaître la signature de l'artiste

     Il y a des artistes sous le pinceau desquels surgissent des formes qui se ressemblent : elles paraissent identiques d’une œuvre à l’autre pourtant elles se distinguent sans cesse par leur singularité et la surprise de leur surgissement. Chez Andrew Lui, la figure dominante est le cheval ou le centaure – animal à tête humaine et à corps de cheval.

     Cependant les peintures de l’artiste relèvent d’une expressivité gestuelle apparentée à l’abstraction lyrique. Si chez Lui la multiplication de figures chevalines n’est pas fortuite, elle ne constitue nullement pour autant une représentation au premier degré. Il s’agit plutôt d’un élément de vocabulaire qui serait assimilable à un signe dont la fonction serait d’animer l’image picturale.

     Mieux encore, qu’il soit de face, de profil ou de trois quarts, le cheval chez Andrew Lui est plus qu’un signe : il faut plutôt parler d’une signature. Il marque la présence de l’artiste dans son œuvre. D’une toile à l’autre, il sert de point de départ à une histoire interrompue. Plus radicalement, il sert à écrire et à récrire une histoire de la peinture dont les origines seraient chinoises. Il rappelle, bien sûr, la passion pour les chevaux de l’empereur Ming et de sa célèbre dynastie. Mais il laisse se greffer, parmi bien d’autres, des réminiscences du quattrocento et une critique du romantisme du paysage européen.

     Gestuel, l’artiste lacère littéralement la surface de la feuille ou de la toile de stries colorées dans les tons de pourpre, de mauve, de fuchsia,  qui laisse néanmoins des espaces – il s’agit du fond – blancs. À cet égard, il demeure fidèle à la peinture classique chinoise. Mais d’un point de vue moderne, l’espace ainsi laissé libre donne à l’œil la latitude de lier couleurs et formes en un mouvement qui surmonte les antagonismes pour que domine la figure toujours reprise du cheval et des chevaux.

Bernard Lévy